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© Frédéric Nakache ADAGP ------ ©
Police de caractères et Webdesign : Stéphane Cochard
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Design Sonore : Hazaak
Frédéric Nakache Site de l'artiste. Frédéric Nakache puise dans le répertoire de l’enfance la matière de son travail. Ses photographies élisent pour modèles des poupées et poupons usagés, dernières réminiscences de pratiques enfantines. Hommage est ainsi fait à ces jouets, réceptacles de nos premières pulsions, des mieux intentionnées jusqu’aux plus assassines, qui fécondent encore l’imaginaire de ceux qui n’ont plus l’âge d’y jouer. Devant ces postures indécentes, comment ne pas saisir, en effet, que les poupées nourrissent aussi les fantasmes adultes. Loin de réactiver les seuls souvenirs d’une époque innocente, elles se font encore l’écho d’une génération parvenue à maturité, parodiant ses pratiques -du ballet amoureux aux scènes d’accouchement– ou suggérant ses violences, sur un mode ludique. Les déchirures, les marquages et divers accidents enregistrés par ces corps en plastique (série Flash), bien que dépourvus de toute mise en scène dramatique, n’autorisent-ils pas certains rapprochements? Plus qu’une ode à l’enfance, les images de Frédéric Nakache célèbrent l’ambivalence de la figure poupine, inscrite jusque dans sa chair, les attributs de la féminité n’hésitant pas à se greffer sur ces corps enfantins. Extraites de tout contexte, les poupées flottent dans une sorte d’apesanteur. Ajoutez à cela un éclairage savamment calculé, et quelques trous proprement bricolés dans la chair en plastique, et vous verrez apparaître une constellation (série Réactions atomiques). Dans les dernières séries, un dialogue s’établit, en effet, entre le corps de l’homme – par poupée interposée – et quelques habitants de dame Galaxie. Ainsi la trajectoire d’un aliment englouti dans la béance d’une bouche devient-elle, dans l’imaginaire de Frédéric Nakache, tout aussi mystérieuse que celle d’une matière plongeant dans les entrailles d’un trou noir (série Trous noirs). De même, l’attirance conduisant à l’union des corps se voit-elle rapprochée de ces champs magnétiques actifs à la surface du soleil (série Taches solaires)? Sur ces sortes d’échographies, extraites d’une vidéo, les corps baignent dans la douceur d’une étreinte amniotique. Autour d’eux, émane un halo lumineux, comme il s’en dégage de la zone d’ombre d’une tache solaire. Par ce jeu de correspondances, Frédéric Nakache semble se faire l’interprète d’une ancienne croyance qui faisait de l’homme le miroir du monde. Il fut un temps, en effet, où médecins, artistes et cosmographes pensaient que microcosme et macrocosme étaient intimement liés. La conception du monde nourrissait l’imaginaire du corps. Les forces de l’univers influaient sur l’organisme humain, au point que la procréation résultait, croyait-on, tout autant de l’union sexuelle que de l’action des astres. Il semble que cette croyance ne soit pas totalement révolue et qu’elle perce encore dans ces dernières images, où l’univers fœtal, l’érotisme charnel et la lumière astrale sont étrangement imbriqués. Le corps désincarné par Catherine Macchi de Vilhena De mars à avril derniers, le visiteur qui entreprenait de gravir les trois étages de l'escalier monumental du Logoscope de Monaco était accueilli, au terme de son ascension, par une averse de bruits de pluie et de tonnerre. Intitulée Les vases communicants, cette oeuvre sonore de Frédéric Nakache se propageait du couloir jusqu'à la salle d'exposition où d'autres haut-parleurs diffusaient des sonorités de gouttes d'eau plus douces, retravaillées à la limite du synthétique. C'est dans cet espace calme et enveloppant que prennaient place les oeuvres : une série de photographies, une sculpture et une projection de diapositives. Bien que non exhaustive cette exposition rendait particulièrement bien compte du travail de ce jeune artiste. En rentrant dans la salle d'exposition, on était pris d'un étrange sentiment celui d'être déjà rentré dans le travail et on ne pouvait affirmer que c'était là que tout commençait. Le passage du son, la sensation d'infiltration d'eau effaçaient toute notion de seuil. Plus d'avant ni d'après, plus d'extérieur ni d'intérieur. Tout coulait et, d'un lieu à l'autre, on était pris dans la circulation de cet élément liquide. Une dimension quasi amniotique donc, fluide et troublante, dans laquelle le regardeur était amené à faire une expérience du corps. Son corps d'abord, pénétré et agi par cette eau impalpable mais très présente. Puis le corps représenté dans le travail de l'artiste. Car, chez Frédéric Nakache, il est très fortement question de corporalité. Un corps désincarné, cependant, à l'épiderme froid, lisse et plastique. Un corps dorloté, pourtant, suçoté, grignoté ou franchement mordu, parfois opéré, voire maltraité. Ce corps délicieusement passif et consentant, objet de tant d'attentions, ne subsiste parfois plus que sous la forme de fragments photographiques. On pense au corps en morceaux, de la relique au corps dépecé. Une petite main, un pied potelé, une bouche ronde entrouverte, un sexe enfantin, des cheveux ou un iris brûlés par endroits suite à la surexposition à une source lumineuse. Là, l'épiderme semble ne plus faire office de frontière. On se souvient alors d'Hiroshima. Autant de détails anatomiques anonymes, fétichisés à l'extrême, qui, à la manière de flashs de la mémoire, ne cessent d'évoquer une intimité corporelle propre à nos jeux d'enfants, mais qui déjà ne nous appartient plus. Nous sommes ici face à une idée de la perte, dans une dimension mélancolique où le souvenir infirme désagrège le corps. Ce corps magnifié par un processus de reproduction en strates (autre lieu symbolique de la perte de l'image), au cours duquel, par exemple, un tirage photographique met en avant la qualité paradoxalement picturale de l'image vidéo, est bien sûr celui de poupées et de poupons longtemps manipulés, puis oubliés. Des objets transitionnels, donc, sur lesquels se sont greffés les jeux innocents et pervers qui servent aux enfants à appréhender le monde. Bien qu'ils soient empreints de temporalité, ces simulacres du corps, poignants au premier regard, ont cependant pour effet de mettre à distance le tragique. Dans son travail photographique, mais surtout dans ses vidéos ou dans la projection de diapositives présentée ici, sorte d'échographie orgiaque et psychédélique, Frédéric Nakache détourne efficacement le pathos propre aux recherches corporelles du body art. Ce qui aurait pu relever de l'horreur et de l'abjection est alors neutralisé dans un jeu ambigu et parodique qui met en avant un mécanisme de désacralisation que l'on pourrait nommer une esthétique de l'immaturité. Entre régression contrôlée et amnésie volontaire, le travail de Frédéric Nakache semble touché du complexe de Peter Pan, cette hantise de grandir doublée du désir improbable de rester dans un état permanent d'enfance. Les dérives comiques de cette posture ouvertement jouissive aboutissent immanquablement à une forte sexualisation de la poupée qui devient alors l'objet d'un regard franchement indécent, lieu de projection de fantasmes adultes. Le jouet acquiert ainsi un statut comparable à celui d'une poupée gonflable. Constat désenchanté à la fois drôle et troublant, symptomatique de la perte de repères de toute une époque. Mais si Frédéric Nakache semble entretenir de claires relations de plaisir avec ces jouets usagés de petites filles et autres gadgets bon marché comme la pâte à ballon ou, ici, des gants de boxe gonflables à l'esthétique très pop, c'est surtout pour marquer l'ambiguïté du temps. Le temps est chez lui une expérience particulière, élastique, au cours de laquelle le rapport à la réalité bascule facilement dans une autre dimension. Là encore, entre réel et réalité individuelle, il n'y a plus de frontière. L'imagination, le fantasme ou l'altération de l'état de conscience deviennent une autre forme de réel halluciné mais incontestable. 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